Le théâtre de la francophonie sur l’échafaud ?

Lettre des artistes francophones au Ministère de la Culture pour le maintien de la saison 2018-2019 du Tarmac

Paris, le 13 avril 2018

Madame la Ministre,

En tant qu’artistes, acteurs de la francophonie, après avoir appris avec stupéfaction votre décision de mettre fin au projet porté par le Tarmac, un des acteurs essentiels de la fabrication et circulation des œuvres francophones, nous voulons aujourd’hui, vous alerter sur les conséquences que cela a pour nous.

En effet, la saison 2018/2019 du Tarmac doit accueillir nos projets, en coproduction ou en accueil. Cette étape essentielle dans notre travail est une opportunité unique pour nous d’être vus à Paris et de rencontrer les professionnels de notre secteur en vue d’une diffusion en France et à l’étranger. Metteurs en scène, chorégraphes, comédiens, interprètes, équipes techniques et administratives se trouvent aujourd’hui dans la plus grande incertitude. Les productions de nos spectacles sont mises en péril, et avec elles le devenir de nos compagnies, puisque ce sont plus deux années de travail nécessaires à la création de nos pièces.

En décidant de mettre fin à la programmation du Tarmac en décembre 2018, sans aucune concertation, vous nous mettez, nous artistes et nos projets, en grande difficulté.

Aussi, il apparaît indispensable de préserver la saison 2018/2019 du Tarmac dans son entièreté et permettre la présentation en toute sérénité des spectacles programmés. Il en va de notre avenir et de celui de nos compagnies que votre action à la tête du ministère de la Culture se doit de soutenir.

Nous vous prions de croire, Madame la Ministre, à l’expression de nos respectueuses salutations.

Julien Bouffier Metteur en scène Belgique
Vanessa Liautey Comédienne France
Zoé Martelli Comédienne France
Jean-Christophe Sirven Créateur sonore France
Guillaume Barbot Metteur en scène France
Nedjma Hadj Benchelabi Curator et Dramaturge Belgique
Taoufiq Izeddiou Chorégraphe et directeur du festival « On Marche » Maroc
Essiane Kaisha Chorégraphe et danseuse Gabon
Karine Girard Chorégraphe et danseuse France
Marouane Mezouari Danseur Maroc
Virginie Domény Administratrice France
Deniaud Eric Co-directeur artistique Liban
Zouki Aurélien Co-directeur artistique Liban
Tamrara Badreddine Technicien son et lumière Liban
Marielise Aad Comédienne et chargée de production Liban
Dana Mikhael Comédienne Liban
Hafiz Dhaou Chorégraphe Tunisie
Aïcha M’Barek Chorégraphe Tunisie
Clémence Cognet Musicienne France
Stéphane Bernard Comédien France
Jean-Paul Delore Metteur en scène France
Guillaume Junot Comédien France
Catherine Laval Costumière France
Isabelle Lafon Metteur en scène France
Alexandre Meyer Compositeur / Interprète France
Criss Niangouna Comédien Congo Brazzaville
Geneviève Sorin Chorégraphe / danseuse France
Laetitia Ajanohun Metteur en scène France
Olivier Favier Historien France
Luigia Riva Chorégraphe Italie
Alioune Diagne Assistant à la chorégraphie et danseur Sénégal
Hardo Ka Danseur Sénégal
Clay Apenouvon Artiste plasticien Togo
Antoine Manologlou Accompagnateur du projet France
Patricia Van Hauwaert Administratrice France
Sébastien Petit Compositeur France
René Bizac Auteur et metteur en scène France
Nathalie Huysman Dramaturge Belgique
Hélène Kefferath Scénographe Belgique
Laurent Kaye Créateur lumière Belgique
Lazare Minoungou Comédien Burkina Faso
Max Vandervorst Musicien Belgique
Tarek Lamrabti Régisseur général Belgique
Youness Aboulakoul Chorégraphe Maroc
Youness Atbane Chorégraphe Maroc
Henri-Jules Julien Dramaturge, metteur en scène France
Mahmoud Haddad Comédien Egypte
Virginie Gabriel Comédienne France
Soeuf Elbadawi Metteur en scène Comores
Gwénola Bastide Administratrice France
Moïse Touré Metteur en scène France / Côte d’Ivoire
Déborah Lukumuena Comédienne France / Congo
Pierre-Marie Braye-Weppe Musicien France
Yvan Talbot Musicien France
Paul Lefebvre Conseiller dramaturgique Canada
Francis Monty Concepteur théâtre d’objets Canada
André Dédé Duguet Comédien France (Martinique)
Matthieu Bassahon Créateur lumière France


Communiqué suite à la décision du Conseil de Paris et à la soirée du 19 Mars

Paris, le 22 Mars 2018

Le Conseil de Paris, réuni mercredi 21 mars, a demandé au Ministère de la Culture par un vœu de l’exécutif voté à la quasi-unanimité, de suspendre sa décision de fermer le Tarmac et de relancer le comité de pilotage sur le relogement de Théâtre Ouvert.

Plusieurs vœux, tous fortement opposés à la décision de la ministre, avaient été déposés par Nathalie Maquoi et David Assouline, Raphaëlle Primet et les élus du groupe communiste Front de gauche, Jérôme Gleizes et les élus du groupe écologiste de Paris, Nicolas Bonnet-Oulaldj, Danièle Premel et les élus du groupe communiste Front de gauche, Brigitte Kuster et les élus du groupe Les Républicains et Indépendants, ainsi que l’élue France Insoumise Danielle Simonnet.

Par ailleurs, lundi 19 mars, à la veille de la journée internationale de la Francophonie et du discours du Président de la République, s’est tenue au Tarmac une nouvelle soirée de mobilisation consacrée à l’analyse des incohérences entre les déclarations d’intention du gouvernement en matière de Francophonie et la décision du ministère de la Culture.  

Animée par Séverine Kodjo Grandvaux (journaliste au  Monde Afrique), la rencontre a réuni Catherine Blondeau (directrice de la scène conventionnée Le Grand T), Héla Fattoumi (chorégraphe et co-directrice du CCN Belfort), Nadia Yala Kisukidi (philosophe et maîtresse de conférences à l’Université Paris 8), Gustave Akakpo (auteur) et Malick Diawara (responsable éditorial du Point Afrique).

Ces deux heures de débats et d’échanges avec le public, parmi lequel de nombreuses personnalités politiques de tous partis, partenaires et spectateurs qui ont pris part avec ferveur aux interrogations soulevées, ont permis de réaffirmer la conception horizontale et populaire de la Francophonie véhiculée par le Tarmac et développée par Nadia Yala Kisukidi.

Malick Diawara a déclaré : « Le Tarmac permet à d’autres univers francophones de participer à cette démarche de compréhension et de connaissance de l’autre. […] C’est une fenêtre ouverte sur le vivre ensemble », alors que Catherine Blondeau soulignait l’importance de notre théâtre : « Je ne peux pas toutes les semaines aller dans les quatre coins de la Francophonie voir ce qu’il s’y passe. La création, la production, la circulation de spectacles vivants obéissent à une dynamique de filières. Le Tarmac est essentiel dans cette filière, car pour les artistes c’est aussi un point d’entrée sur le marché français du spectacle vivant. […] Si le Tarmac n’existe pas, le risque est de faire disparaître beaucoup plus largement les artistes francophones de la scène française car la probabilité de voir leur première création sera extrêmement faible. »

Héla Fattoumi a  insisté sur le rôle du Tarmac quant à la circulation des chorégraphes et danseurs, et à l’accompagnement rare en France de leurs œuvres par la présentation de séries longues.

« Au moment où le Président ouvre le débat de la Francophonie, il le ferme avec le Tarmac. C’est absurde ! » a conclu Gustave Akakpo avec effarement.

Le Tarmac poursuit sa mobilisation. Ce ne sont ni les idées, ni les soutiens qui manquent. La pétition en ligne pour la défense du Tarmac compte à ce jour près de 14 000 signataires, parmi lesquels Guy Rétoré, fondateur historique du Théâtre de l’Est Parisien (TEP).


Communiqué du personnel du Tarmac

Paris, le 13 mars 2018

Le 31 janvier 2018, l’équipe du Tarmac apprenait par voie de communiqué de presse l’intention du ministère de la Culture de supprimer le Tarmac pour y reloger Théâtre Ouvert dont le bail arrive à échéance le 31 décembre 2018. Pour justifier de son arrivée en lieu et place du Tarmac, le ministère lui invente une mission francophone de circonstance.
Faute de communication avant cette annonce brutale, le personnel du théâtre a engagé lui-même une démarche de dialogue et sollicité une rencontre avec la direction générale de la création artistique (DGCA). La réunion a eu lieu au Tarmac ce lundi 12 mars.
Malgré les interrogations du personnel communiquées en amont de la rencontre, la DGCA n’a été en mesure d’apporter aucune réponse concrète sur le cahier des charges du nouveau projet francophone porté par Théâtre Ouvert.
La DGCA annonce dans un premier temps la suppression d’un théâtre dédié à la francophonie, puis lance précipitamment une consultation des acteurs de terrain avec livraison d’un rapport en juin et définition des contours du nouveau projet à l’automne : au ministère de la Culture, on ne gâche pas son talent par la cohérence de l’action.
Face aux profondes inquiétudes du personnel, les représentants de l’Etat sont restés sans réponse.
Déclarations d’intention, propos généralistes, silences gênés, haussements d’épaules, sourires navrés… A l’évidence, au-delà d’une rencontre sans préparation, la décision de supprimer le Tarmac n’est fondée sur aucun diagnostic, ni aucune orientation stratégique. Pire, les perspectives semblent inconnues pour l’administration à l’origine de cette décision.
L’équipe a exprimé sa sidération de voir se dessiner le saccage d’un projet patiemment bâti avec les artistes et les professionnels francophones de la scène internationale.
Face à ce projet en place affichant une fréquentation de 77% lors de la dernière saison, la DGCA préfère la logique de réduction des opérateurs culturels.
Dans le contexte de ces décisions approximatives de la tutelle, la DGCA a confirmé que l’ensemble des effectifs du Tarmac mais aussi de Théâtre Ouvert ne pourra être conservé.
Départs volontaires, reconversions professionnelles, formations… Sans autres propositions sérieuses, l’équipe du Tarmac demande instamment au ministère de la Culture de reconsidérer sa décision et de mettre tout en œuvre pour trouver une solution de relogement pour Théâtre Ouvert, laquelle permettra à ces deux théâtres légitimes et complémentaires, de poursuivre les missions dont ils ont l’expertise et les compétences.

L’équipe du Tarmac


Lettre ouverte adressée à Emmanuel Macron

Le ministère de la Culture a publié le 31 janvier un communiqué de presse annonçant la fin du projet actuel du Tarmac. Ce qui n’était qu’une rumeur au moment de la rédaction de cette lettre est devenu une réalité. Cinquante artistes et intellectuels du monde de la culture ont décidé de se mobiliser pour défendre cette maison des artistes.

Rejoignez-nous en signant cet appel ! Au 23/02/2018, plus de 12000 signatures.

Monsieur le Président de la République,

Le bruit court.
La rumeur enfle.
La colère gronde, nous ne pouvons nous taire. Le Tarmac, l’unique scène dédiée à la francophonie, serait en sursis !
Votre intérêt affirmé pour la francophonie nous a enthousiasmés et a fait naître un espoir nouveau parmi le monde de la culture.
Mais derrière les déclarations d’amour à la langue française, une politique brutale serait-elle en train de se mettre en place ? La machine administrative aurait-elle mandat pour livrer bataille contre la culture et ses artistes francophones ?
On entend que le Tarmac disparaîtrait brutalement. Une décapitation en silence organisée par le ministère de la Culture. Nous ne pouvons le croire.
Alors que nous espérons une nouvelle impulsion, nous pourrions être victimes d’une politique de l’ancien monde, à bout de souffle, qui cloue les créateurs francophones au pilori, qui bafoue les publics, qui ignore superbement le travail quotidien mené avec le monde éducatif et associatif.
Vous le savez, Monsieur le Président, le Tarmac est un lieu très identifié, la maison reconnue et familière des artistes francophones. C’est l’un des plus grands réseaux sur la scène internationale, qui entretient des échanges constants avec des écrivains, intellectuels, interprètes, chorégraphes, metteurs en scène des quatre coins du monde, de Brazzaville au Caire, de Ouagadougou à Beyrouth, en passant par Montréal ou Marrakech. Faire disparaître le théâtre du Tarmac, c’est choisir de détruire Notre maison.
C’est aussi choisir de détruire un théâtre populaire, ancré sur un territoire vaste et métissé. Les innombrables établissements scolaires, universités, médiathèques, associations auprès desquels nous intervenons chaque jour construisent avec nous l’identité culturelle des nouvelles générations. C’est maintenant qu’il faut conforter le Tarmac dans sa mission. Vous ne pouvez, Monsieur le Président, en faire table rase au moment même où tout milite à porter haut les valeurs humanistes de la France. La mission de ce théâtre mérite d’être défendue avec d’autant plus de vigueur aujourd’hui que les idéologies extrémistes et xénophobes se font légion.
Monsieur le Président, quelle serait une refondation de la francophonie qui commencerait par couper les vivres à ses artistes ? Comment pourrait-on vouloir impulser un nouvel élan en détruisant un symbole ?

Défendre aujourd’hui le Tarmac, c’est aussi regarder dans les yeux les défis contemporains de l’Europe dans le contexte des nouvelles migrations, c’est porter un regard lucide et généreux sur une histoire partagée.
Alors, nous refusons l’improbable. Nous sommes nombreux à nous opposer résolument à la disparition du Tarmac, fer de lance des cultures francophones en France.
Monsieur le Président, nous vous demandons instamment de porter une politique ambitieuse pour la francophonie, ses acteurs et ses publics.
Aujourd’hui, au cœur de cette action, il s’agit, avec fierté de soutenir le Tarmac.


Signataires

· Zeina Abirached, auteure de bandes dessinées
. Marguerite Abouet, écrivaine, scénariste et réalisatrice
· Gustave Akakpo, auteur, dramaturge et metteur en scène
· Laura Alcoba, romancière
· Jacques Allaire, metteur en scène
· Pouria Amirshahi, rapporteur de la mission d’information parlementaire sur « l’ambition francophone » (2014)
· Hakim Bah, auteur et dramaturge / lauréat prix RFI 2016
· Kidy Bebey, écrivain et journaliste
· Tahar Bekri, poète et enseignant
· Yahia Belaskri, écrivain
· Souad Belhadad, écrivain, journaliste
· Pascal Blanchard, historien
· David Bobée, metteur en scène, directeur du Centre Dramatique National de Normandie – Rouen
· Ali Chahrour, chorégraphe
· Mahmoud Chokrollahi, écrivain et cinéaste
· Velibor Čolič, écrivain
· Serge-Aimé Coulibaly, chorégraphe
· Louis-Phillipe Dalembert, écrivain
· Jean Paul Delore, metteur en scène
· Ananda Devi, écrivain
· Manu Dibango, musicien
· Fatou Diome, écrivain
· Abdelkader Djemaï, écrivain
· Ahmed El Attar, auteur, metteur en scène / directeur D-CAF festival – le Caire
· Hassan El Geretly, metteur en scène / directeur d’El Warsha – le Caire
· Radhouane El Meddeb, chorégraphe
· Gaël Faye, chanteur, rappeur, auteur-compositeur-interprète
· Nedim Gürsel, écrivain
· Khadi Hane, romancière
· Guillaume Jan, écrivain
· Hassane Kassi Kouyaté, directeur de la scène nationale Tropiques Atrium Martinique / membre du collège de la diversité
· Jack Lang, Président de l’institut du monde arabe
· Sébastien Langevin, rédacteur en chef de la revue « Le français dans le monde »
· Henri Lopes, écrivain
· Alain Mabanckou, écrivain, prix Renaudot 2006 / Professeur titulaire de littérature francophone à UCLA (université de Californie à Los Angeles)
· Marie-José Malis, metteure en scène et présidente du SYNDEAC
· Yamen Manaï, écrivain / prix des cinq continents de la francophonie 2017
· Daniel Maximin, écrivain
· Achille Mbembe, philosophe / auteur de « Critique de la Raison nègre » / professeur à l’université de Witwatersrand à Johannesburg
· Boniface Mongo Mboussa, essayiste et critique littéraire
· Fiston Mwanza Mujila, écrivain
· Fabrice Murgia, auteur, metteur en scène / directeur du théâtre national de Bruxelles
· Nairi Nahapetian, romancière
· Criss Niangouna, auteur et comédien
· Dieudonné Niangouna, auteur, dramaturge et metteur en scène
· Wilfried N’Sondé, écrivain, musicien / prix des cinq continents de la francophonie 2007 / prix Senghor de la création littéraire
· Gabriel Okoundji, poète
· George Pau-Langevin, députée du 20ème arrondissement / ancienne ministre des Outre-Mer
· Raharimanana, écrivain
· Robin Renucci, directeur des Tréteaux de France
· Rodney Saint-Eloi, écrivain / directeur des éditions Mémoires d’encrier, Montréal
· Salia Sanou, chorégraphe
· Boualem Sansal, écrivain francophone
· Soro Solo, journaliste et animateur
· Véronique Tadjo, écrivaine et universitaire
· Sami Tchak, écrivain
· Barthélémy Toguo, artiste
· Minh Tran Huy, romancière et journaliste
· Abdourahman Waberi, écrivain et professeur à George Washington University
· Olivier Weber, écrivain, président du Prix Joseph Kessel, ancien ambassadeur de France
· Chabname Zariâb, romancière et cinéaste
· Aurélien Zouki, collectif Kahraba – Beyrouth / directeur du festival Nous, la Lune et les voisins

 

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